Poolidor : « Si le public peut retenir ce beau mariage entre nos cultures, ce sera une réussite. »
Poolidor est né de la rencontre entre deux univers : celui de Gabriel Bonnin et de Clément Royo. Ensemble, ces musiciens réinventent la vielle à roue, instrument ancestral, en la mariant aux
sonorités électroniques pour créer une fusion entre tradition et modernité.
Comment Poolidor est-il né ?
Gabriel Bonnin : Cela vient d’une recherche de mes racines. Quand j’ai eu mon fils, je me suis penché sur mon histoire familiale. Mon grand-père est originaire du Berry. Cela
fait vingt ans que je suis musicien professionnel : je fais de la musique du monde, je suis violoniste et je touche un peu à tout. En cherchant, j’ai découvert un patrimoine musical présent dans
la région de mon grand-père, avec des instruments typiques comme la cornemuse – étonnamment ! – et la vielle à roue.
La vielle à roue, c’est un peu comme un violon, sauf que ce n’est pas l’archet qui frotte les cordes, mais une roue. Elle produit un son continu, qui ne s’arrête jamais. Le groupe est né de cet
ancrage : j’avais envie de me reconnecter à la musique de mes ancêtres. C’est l’origine du projet Poolidor. Avec Clément, je fais de la musique depuis vingt ans. C’était très naturel de commencer
à travailler ensemble sur ce projet. Très vite, nous avons eu l’idée de mêler l’électro à la vielle à roue.
Le nom du groupe, Poolidor, que représente-t-il pour vous ? Quelle est sa signification ?
C’est une référence au coureur cycliste Raymond Poulidor. Nous avons simplement modifié l’orthographe pour être plus facilement identifiables sur Internet, sinon on nous aurait confondus avec
lui. La référence au cyclisme vient aussi du fait que je ne joue pas la vielle à roue de manière conventionnelle. Pour actionner la roue, j’utilise non pas une manivelle, mais une roue de
vélo que j’ai bricolée. Ce système me permet de relier la vielle à roue à la vieille machine à coudre de ma grand-mère ! Ainsi, je peux faire tourner la roue avec mon pied plutôt qu’avec ma main.
Je pédale donc pendant tout le concert ! L’idée était de pouvoir jouer du violon tout en gardant au pied un son de vielle. Cela m’a permis de développer plein de techniques nouvelles.
Qu'est-ce qui vous attire dans cet instrument ancestral, la vielle à roue, et comment l'avez-vous intégré à votre univers électro ?
C’est un instrument très ancien, qui existe depuis près de mille ans, depuis le Moyen Âge. Ce qui m’a attiré, c’est cette recherche de musique traditionnelle liée à la région de mon grand-père.
Cet ancrage familial a été ma porte d’entrée.
La vielle à roue est particulière : elle peut être grinçante, difficile à écouter. Les gens ont souvent un mauvais a priori, parfois à juste titre, car si elle est mal jouée, le son peut être
désagréable. On raconte même qu’elle a été interdite à une époque. Mais c’est justement cet héritage culturel qui m’a intéressé. J’ai appris à en jouer, à l’aimer, et aujourd’hui j’adore son
timbre et sa singularité.
Un luthier m’a construit une vielle sur mesure, avec un son beaucoup plus doux et moderne que les instruments rustiques d’il y a cinquante ans.
Vous êtes des habitués des festivals, qu'est-ce qui vous donne le plus de joie quand vous jouez sur scène ?
Le partage, la connexion avec les danseurs et le public. Nous avons la chance de jouer dans des festivals néo-trad, où tous nos morceaux peuvent se danser. Il se passe vraiment quelque chose :
une synchronisation entre les musiciens et le public qui me nourrit énormément. Voir les gens danser au même rythme que nous est une grande joie.
Je ressens aussi la curiosité du public pour la vielle à roue. Depuis que je joue cet instrument étonnant, beaucoup de spectateurs viennent me voir à la fin des concerts. Je discute avec plaisir,
j’explique comment ça marche, et parfois des enfants veulent essayer. C’est toujours un moment sympa.
Qu'aimeriez-vous que le public sarthois retienne de votre passage à Diverscènes ?
Un peu d’espoir, de joie de vivre. Ce soir-là, nous serons avec Bachir Rouimi, un ami marocain qui n’est pas membre fondateur du groupe mais avec qui nous jouons de plus en plus. Nous opérons une
fusion géographique avec la musique d’Afrique du Nord : il chante en arabe et joue des percussions orientales, que nous mélangeons avec la vielle à roue. Si le public peut retenir ce beau
mariage entre nos cultures, ce sera une réussite.
Samedi 24 janvier à 20 heures
Centre Rabelais à Changé
Billetterie : www.diverscenes.fr
