Gnawa Diffusion : "On ne fait jamais deux fois le même concert"
À l'approche de la venue de Gnawa Diffusion au festival Diverscènes, Amazigh Kateb répond à nos questions et partage sa vision d'une musique qui prend position, qui raconte le monde et qui ne cesse de se réinventer au contact du public.
Quelle est la signification du nom "Gnawa Diffusion" ?
Amazigh Kateb : Au départ, je puisais énormément dans la culture gnawa, une sorte de gospel maghrébin, héritée des populations d’Afrique du Nord déportées vers le Maghreb. Cette musique s’est ensuite mêlée à d’autres traditions du Sud. La musique gnawa fait écho à toutes les musiques issues de l’esclavage : on y retrouve des liens très forts, une mémoire et une dimension subversive.
Comment décririez-vous l'ADN sonore du groupe ?
Notre son est multiple. On pourrait dire qu’il se situe à la croisée des influences afro‑maghrébines et caribéennes. Le reggae occupe une place importante, car nous sommes des enfants de cette génération-là. On y retrouve aussi l’esprit de la musique gnawa, mêlé au jazz, au blues, au raï… C’est un mélange de tout cela. Et surtout, nous créons nos propres compositions en utilisant des sonorités traditionnelles : c’est un véritable jeu d’équilibre.
Votre musique a toujours porté des messages forts. Quels sujets vous touchent particulièrement en ce moment ?
L’atmosphère guerrière qui s’installe, cette impression d’impunité généralisée… tout cela me donne envie d’écrire. Pour l’instant, j’observe. L’année commence avec beaucoup d’événements qui poussent à réagir, mais je ne veux pas écrire à chaud. Je regarde aussi la colère réelle qui gronde, notamment chez les agriculteurs en Europe. Le monde traverse une crise profonde. Ce n’est pas forcément inspirant au sens poétique, mais cela pousse à réfléchir. Et je crois qu’un artiste doit prendre position. Nous ne vivons pas dans un monde à part, nous ne sommes pas protégés, nous devons participer, nous engager, “nous mouiller”.
Le groupe s'est formé en 1992. Quel moment de votre parcours vous a le plus marqué ?
Le moment qui a vraiment orienté mon écriture, c’est notre premier concert à Alger, dix ans après mon arrivée en France. Je n’avais aucune idée de la manière dont le public allait réagir. C’était un peu comme notre première fois au Maroc : j’avais peur qu’on ne se reconnaisse pas dans notre travail, qu’on nous accuse de faire de l’exotisme. Et finalement, pas du tout. Il y a eu énormément de reconnaissance. En Algérie, j’ai compris qu’on avait un public, que les gens connaissaient notre musique. Ça a été une année charnière.
Préparez-vous quelque chose de spécial pour votre passage au festival Diverscènes ?
En général, le jour même, on ne sait pas encore ! Bien sûr, il y a des constantes, mais la playlist change. Je n’aime pas faire deux concerts identiques. J’essaie de parler aux gens, de les faire réagir : parfois on rigole, parfois je raconte des blagues. J’essaie de faire vivre la musique autrement... sinon, autant mettre un CD. Sans un minimum d’échange avec le public, on passe à côté de ce qui rend ce métier vivant. Et puis ça met du challenge, ça dynamise le concert et ça crée une énergie particulière. Les gens se lâchent davantage parce qu’il y a un vrai échange, au-delà du simple “je joue, vous écoutez”. D’ailleurs, je commence toujours par faire chanter le public, juste pour prendre la température.
photo : ©Veymon
Samedi 7 février
A 19h30
Espace culturel Henri Salvador à Coulaines
Réservation : https://www.diverscenes.fr/billetterie/

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