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Concert

DJ Prosper : « J’aimerais laisser le goût d’une belle ivresse dans l’esprit des gens. »

Après trente ans derrière les platines, il continue de faire voyager le public avec énergie : DJ Prosper sera au Centre Rabelais le samedi 24 janvier.

Tu es un habitué du festival DiverScènes. Qu’est-ce qui te plaît dans ce festival, au point d’y revenir cette année ?

Ça va être ma septième participation ! Ce qui me plaît, en tant que DJ, c’est le mélange musical. Julien et Asma, le couple emblématique de Diverscènes, étaient avant tout des amis avant que nous travaillions ensemble. Ils m’ont entendu mixer au Mans et m’ont proposé de jouer à leur mariage. Un mariage qui était déjà un mélange de cultures : l’essence même du festival. Chaque année, il y a une thématique, un carnet de bord, et derrière je construis mon set autour de ça. J’adore ce côté exploration. J’ai l’impression de proposer un set que je ne ferais pas ailleurs. C’est aussi à l’image du public de Diverscènes : un public curieux, ouvert à la découverte. Diverscènes, ce n’est pas seulement de la musique, c’est aussi de la danse, de la littérature, de la gastronomie… tout se mélange. Cette immersion “carte postale” me séduit beaucoup. Et avec les années, l’amitié s’est renforcée. Aujourd’hui, je ne parle plus d’employeurs, mais d’amis proches.

Tes concerts sont réputés pour leur énergie et ta bonne humeur communicative. Comment arrives-tu à transmettre ça au public dès les premières minutes ?

Avec Diverscènes, il y a une dimension de rendez-vous régulier au Mans. Il y a des habitués, et dès qu’on entre dans la salle, on est en confiance. Il y a la joie de retrouver des gens qu’on ne voit pas souvent. Quand on est dans de bonnes dispositions, ça va plus vite ! Par contre, si je joue dans un endroit où je ne connais personne, il me faut quelques minutes pour capter l’attention et être à l’aise. Même après tant d’années, il y a toujours cette part de trac qui me pousse à accélérer sur les trois ou quatre premiers morceaux pour trouver mes repères. Mais dès que je vois que la technique fonctionne, ce qui est une part essentielle, la magie opère. Quand on sent que la bonne humeur et la bienveillance sont là, on sait que la soirée va bien se passer.

Y a-t-il un moment où tu sens que la salle “bascule” et que tout le monde est pris dans ton énergie ? Comment le reconnais-tu ?

Toutes les soirées ne se ressemblent pas, mais il y a des mécanismes qui fonctionnent. Une fois sorti de ma période de rodage, qui dure quelques minutes, je prends le micro et je demande au public : “Comment ça va ?”. Selon la réaction, si elle est hyper enthousiaste ou si je reçois un retour puissant, je prends un shoot d’adrénaline et je sais qu’on va s’amuser, que je les ai “attrapés” ! Je vois tout de suite si le public est embarqué ou s’il reste du travail à faire. J’aime tenter de nouvelles choses, donc parfois on peut se tromper, mais en général, on sait à quoi s’attendre quand on vient me voir et il n’y a plus de malentendus.

Si on revient sur ton parcours, à tes débuts… Te souviens-tu du moment où tu t’es dit : “Ok, je veux faire ça toute ma vie” ?

Ça s’est fait en deux étapes : le moment où je me suis dit “ce serait tellement bien de faire ça toute ma vie” et celui où j’ai réalisé “je vais peut-être pouvoir en vivre !”. Si on remonte dans le temps, j’ai fait des études de cinéma. Mais au fil du temps, je me suis aperçu que j’avais idéalisé l’ambiance des tournages, et que la réalité me plaisait moins. En parallèle, j’avais une passion : la musique. J’adorais faire découvrir de nouveaux artistes à mes amis. À un moment, j’ai commencé à acheter du matériel de DJ, à collectionner les vinyles. Je me suis dit : “Waouh, c’est exactement ce que je veux faire.” Je voulais aussi m’affranchir des codes. Je n’avais pas envie d’être un DJ 100 % techno, mais de créer une forme hybride. J’avais envie de mettre du rock, de la disco, des choses qui n’ont pas forcément grand-chose à voir ensemble. C’était au début des années 90. Il m’a fallu dix ans pour trouver les ressources et la confiance en moi.

Tu as partagé la scène avec des artistes aussi différents que Public Enemy, Philippe Katerine, Shaka Ponk… Quelle rencontre t’a le plus surpris et pourquoi ?

Philippe Katerine, pour moi, représente cette espèce de décontraction savamment organisée. Il arrive à élever la légèreté au rang d’art. C’est un emblème ! Par contre, plus j’admire les gens, plus je suis pétochard et moins j’arrive à leur parler (rire). Quand je l’ai croisé dans les loges, je n’ai même pas osé lui adresser la parole, j’étais pétri d’admiration ! Je me suis nourri de son aura. Il y a aussi des rencontres humaines. En ce moment, je tourne avec Hippocampe Fou, dont je suis le DJ depuis cinq ans. Pour moi, c’est une rencontre artistique marquante. Nous partageons beaucoup de valeurs humaines. Je suis fier et heureux de faire partie de son équipe. DJ Zebra également, avec qui je participe régulièrement à des soirées et à des collages musicaux. Ce sont des personnes qui ont façonné ce que je suis aujourd’hui, musicalement et humainement. Les deux sont intimement liés.

Après trente ans de carrière, si tu devais résumer en une seule phrase ce que tu veux laisser comme empreinte dans le cœur des gens, quelle serait-elle ?

J’ai envie de comparer ça à un bon vin qui vieillit bien. Plus on vieillit, plus on s’enrichit musicalement du poids des années. J’aimerais laisser le goût d’une belle ivresse dans l’esprit des gens. Qu’ils associent mon nom à un bon souvenir, à de la bonne humeur, à un sourire.

DJ Prosper samedi 24 janvier 

Centre François Rabelais à Changé

Réservation : https://www.diverscenes.fr/billetterie/